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Leçon de choses

Connaissance du chêne-liège et du liège

Le philosophe grec Théophraste découvrit qu'après avoir été retiré de l'arbre, le liège s'y développait à nouveau, rapidement en présentant une meilleure qualité.
1. Historique

En ce temps-là, le grand bassin méditerranéen accueillait la forêt. Les arbres abondaient, les feuillus principalement.

Parmi eux, le hêtre, le châtaignier et le chêne. Ces arbres, au port aussi élégant qu'imposant, appartiennent à la famille des phagacées, nom scientifique, qui occulte un peu le charme impressionnant de cette armée de verdure qui constituait le fond de nos forêts européennes avant que l'Homme ne la défriche pour l'exploiter. Pour ses besoins agricoles, l'Homme ouvre des clairières qui s'étendent pour se transformer en champs.

La forêt laisse silencieusement place aux villages et villes : scène morbide d'arbres qui s'écrasent bruyamment au sol dans un fracas de branches qui éclatent en tous sens.

Le bois est une valeur-or de ces époques ; utile qu'il est à chauffer ou à construire ponts, maisons, chariots ou bateaux. Le bois de chêne est déjà recherché. Et il existe plusieurs centaines de chênes, d'espèces différentes qui font partie du genre "Quercus".
2. Nos ancêtres

En Méditerranée orientale, les peuples avaient mis en évidence d'autres utilisations d'une espèce présente en abondance : le chêne-liège appelé "Quercus suber" en botanique. Ainsi a-t-on découvert dans des sarcophages(1) très anciens que les Égyptiens utilisaient le bouchon en liège pour obturer les amphores(2). En Grèce antique, l'écorce du chêne-liège était employée pour faire des sandales, des bouées-flotteurs pour filets de pêche et des bondes(3) pour les tonneaux de vin et les amphores d'huile d'olive. "Le philosophe grec Théophraste (IVe-IIIe siècle avant J.C.) découvrit qu'après avoir été retiré de l'arbre, le liège s'y développait de nouveau, rapidement et en présentant une meilleure qualité".

Les Romains vont élargir encore son utilisation. L'agronome Columelle recommande l'emploi du liège, mauvais conducteur de chaleur. Pline l'Ancien évoque l'utilisation du liège pour couvrir les habitations, faire flotter les câbles d'ancre(5) ou de filets de pêche, fabriquer des chaussures pour l'hiver ou encore des gilets de sauvetage. On le voit, les Anciens avaient découvert les propriétés physiques et mécaniques uniques au liège : légéreté, élasticité, imperméabilité, résistance à l'usure et mauvaise conductibilité, qui permettent des applications aussi multiples qu'originales.

Au début du XVIIIe siècle, une nouvelle ère de gloire s'ouvre pour le liège. En Champagne, près d'Epernay, un moine bénédictin français dirige l'abbaye de Hautvilliers : c'est Don Pérignon. En mettant au point le processus de champagnisation, il s'aperçoit que les bondons(6) de bois, enveloppés de feuilles de chanvre huilées, utilisés pour fermer les bouteilles, sautent régulièrement. Il remplace alors ces bondons par des morceaux (bouchons) de liège, ce qui améliore les résultats. L'utilisation du bouchon en liège pour obturer les bouteilles est née et va se généraliser dans toutes les maisons de vin.
3. La nature comme producteur

De nos jours, le chêne-liège se trouve en production dans la zone méditerranéenne occidentale, un peu dans les pays du Maghreb, dans le nord de l'Italie, le sud de la France et de l'Espagne, mais surtout au Portugal, sa terre d'élection. C'est un arbre qui appartient à la flore européenne depuis l'ère tertiaire, ce qui lui donne une soixantaine de millions d'années d'existence. Sans entrer dans les détails de sylviculture(7), voici en résumé la vie d'un chêne-liège en production.

Dès sa naissance, le petit chêne-liège est taillé afin d'obtenir un tronc haut et droit de 2 à 3 mètres, en vue de pouvoir plus tard tirer des planches droites et de bonne longueur. Puis, on oriente la taille vers la formation de deux ou trois branches principales, pour tirer des planches d'un mètre.

Il faut attendre 25 à 30 ans pour que le petit chêne-liège atteigne 60 cm de périmètre et une hauteur de 1,20 m. On va alors lui enlever son écorce : c'est le liège mâle de qualité irrégulière. L'opération se nomme le "démasclage". L'écorce va progressivement se reconstituer en 9 années.

On pratique alors la même méthode pour ôter cette écorce : on l'appellera désormais "l'écorçage". Elle aura lieu tous les 9 ans. La première fois, il s'agira du liège de première reproduction, impropre (comme le liège mâle) à donner des planches destinées à la fabrication du bouchon. Par après, soit vers 45 ans, le chêne-liège donnera son "liège de reproduction" de bonne qualité ; qualité qui ira en s'améliorant au fil des ans , toujours plus régulière et homogène.

Et ainsi de suite jusqu'à l'âge de 120 ans. Un hectare de chênes-lièges fournit de 80 à 120 kg de liège tous les 10 ans, avec lesquels on peut fabriquer 10.000 à 15.000 bouchons.

Les planches récoltées sont alors mises en piles en forêt pour sècher. Ces immenses piles de trois mètres de haut et de plusieurs dizaines de mètres de long, devront rester près d'un an à sécher. C'est une étape extrêmement importante pour la qualité nette du bouchon final. Une année s'est passée et les planches arrivent chez le bouchonnier. La première opération est le "bouillage" en chaudière, dans de l'eau bouillante, pour nettoyer les planches de leur séjour en forêt. La propriété d'imperméabilité du liège fait qu'il ne reprend pas, en ces quelques minutes de bouillage, l'humidité qu'il avait lentement perdue en un an.
4. Le matériau "liège"

Le liège que nous utilisons est un matériau naturel peu abondant, constituant principal de l'écorce des arbres. Il est formé de minuscules logettes remplies d'air (les cellules) et délimitées par une paroi souple et imperméable à l'eau. Il protège l'arbre du froid et des intempéries tout en lui permettant de respirer, par de minces canaux appelés lenticelles. En plus de sa souplesse, il se décompose lentement et résiste relativement bien au feu (pensez au bouchon que l'on passe à la flamme pour maquiller en noir le visage des enfants). Il est antistatique, il ne retient donc pas la poussière, contrairement à bon nombre de matières synthétiques.Toutes ces propriétés, réunies dans un matériau naturel, rendent le liège précieux pour diverses applications, notamment en bioconstruction. On le transforme par exemple en revêtement mural ou pour le sol. Il entre aussi dans la composition du linoleum. Mais sa forme la plus répandue est sans doute le bouchon que l'on retire avec délectation des bouteilles de vin, de cidre, de bière. À la fois poumon et filtre, le bouchon permet une circulation de gaz entre le vin et le milieu extérieur. Selon que cet échange sera équilibré ou non, le vin vieillira bien ou mal. Un bouchon court, poreux, permet des échanges faciles et active le vieillissement.

Pour les grands vins que l'on veut conserver longtemps dans les meilleures conditions, on emploie des bouchons très longs, de première qualité. Une des qualités primordiales d'un bouchon est sa souplesse. Ainsi, après avoir été comprimé lors du bouchage, il doit "regonfler" pour obturer le goulot de façon bien étanche. Il existe plusieurs types de bouchons en liège. Pour le vin, on utilise des bouchons "pleins" c'est-à-dire composés de liège "massif". Pour les bouteilles de bières, les bouchons sont en liège aggloméré, fabriqué à partir de fragments de liège provenant de chutes de fabrication. Enfin, ceux des bouchons de champagne, mousseux ou cidre sont constitués d'une base massive, surmontée d'une tête agglomérée.
5. Fabrication des bouchons

Après un tri sévère, on coupe les planches du liège en lanières de 47 à 48 mm de hauteur (pour fabriquer des bouchons de 45 mm). Grâce à un emporte-pièce, on va "tuber" dans ces lanières : le bouchon est né ! On tube à 25 mm pour fabriquer des bouchons à 24 mm. Le bouchon standard cylindrique présente des côtes de 45 mm de longueur pour un diamètre de 24 mm après rectification. Les bouchons sont alors traités pour être nettoyés. C'est aussi une opération extrêmement importante, car il ne devra pas y avoir de résidus de produit de nettoyage , sous peine d'apparition ultérieure de goût faisant penser au goût de bouchon. Les bouchons vont pouvoir être marqués au nom et millésime du vin. Puis, recouverts de paraphine et de silicone, ils seront prêts à boucher les bouteilles.
6. Caractéristiques techniques

Le liège est chaud au toucher. Cela veut dire qu'il absorbe la chaleur ambiante, pour la garder assez longtemps. Le liège ne conduit pas la chaleur; en revanche, il la garde dans l'espace vital (même par épaisseur réduite).

Le liège est hygiénique (antistatique), il n'attire et ne retient pas la poussière. Sa résistance thermique est de -180°C à +110°C. Il est ignifuge et élastique. Sa densité est de 0,24kg/dm3. On peut également le peindre ou le vernir.

Voici les valeurs comparatives du liège au niveau de l'isolation thermique :
2 cm - liège
7 cm - bois de pin
11 cm - plâtre de parement
23 cm - béton cellulaire
43 cm - brique
7. "Ne jetez plus vos bouchons en liège"

Mais le jeu en vaut-il la chandelle, ou plutôt, le bouchon vaut-il la collecte sélective ?

Vu la demande importante, les producteurs raccourcissent le délai entre deux récoltes, ce qui, inévitablement entraîne des effets désastreux ; des champignons parasites apparaissent qui, à terme, pourraient faire périr les arbres et provoquer ainsi une pénurie de liège. Il semblerait déjà que les quantités récoltées la saison dernière seraient en nette régression. En outre, pour satisfaire la demande, l'écorce est prélevée trop bas sur le tronc, donnant un liège de moins bonne qualité, dont les bouchons n'auraient pas une élasticité homogène.

Si l'on veut à l'avenir, continuer à disposer de ce précieux matériau, il convient donc d'assurer une gestion durable de cette ressource. C'est pourquoi, le recyclage doit être encouragé.
Vocabulaire

  1. sarcophage : cercueil de pierre de l'Antiquité et du haut Moyen-Âge
  2. amphore : vase antique à deux anses, servant à la conservation et au transport des liquides ou des grains
  3. bonde : trou rond dans l'une des douves d'un tonneau pour y verser le liquide
  4. douve : planche courbée qui entre dans la construction des tonneaux
  5. ancre : pièce d'acier ou de fer, en général à deux pattes formant bec, reliée à un câble ou une chaîne et servant à immobiliser un navire en s'accrochant au fond de l'eau
  6. bondon : bouchon de la bonde d'un tonneau
  7. sylviculture : entretien des bois


Conclusions

Pourquoi récolter les bouchons en liège ? Le recyclage

Après le stockage du liège récupéré, il sera broyé en granulés et pourra être utilisé comme isolant en bioconstruction, à l'état naturel ou chauffé.
Chauffé, le liège se dilate. Chauffé sous pression, il libère ses propres résines et les granulés peuvent ainsi se souder les uns aux autres pour former des plaques.
Les granulés seront versés entre les chevrons des planchers et les plaques seront placées entre les murs de briques et de blocs ou en sous-toiture, comme isolant naturel.
Quels sont les centres de récolte ?

Certaines écoles, des magasins, des grandes surfaces, quelques associations telles que Les Amis de la Terre, Nature & Progrès,...
Nous souhaitons élargir au maximum notre initiative de récolte et cherchons des personnes intéressées dans toutes les provinces, régions, villes, villages,..., qui accepteraient d'être un centre de récolte.
Adresse de contact

A.S.B.L. "le petit liège"
c/o René Hamers
Chemin du Meunier, 7
4831 Bilstain
Tél. 087-445021
GSM 0476-449384
petit.liege@swing.be


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07 février 2005